Extrait de « Les Verriers de la Normandie », Onésime-Jean LE VAILLANT DE LA FIEFFE, en 1873 . 

Cette manufacture et la terre du Gast sont entrées dans la famille de Mesenge par le mariage que, par contrat du 15 juin 1623, Georges de Mesenge, écuyer, sieur de Grandchamp, fils de Paul de Mesenge, aussi écuyer, sieur de Grandchamp et de Marie de Clerey, contracta avec demoiselle Perrine Louvet, de la paroisse de Tanville.

Après son mariage, le sieur de Grandchamp prit la maîtrise de la verrerie du Gast qui appartenait à son épouse.

Une sentence du maître des Eaux et Forêts du baillage d’Alençon, du 22 juin 1651, maintint le sieur de Grandchamp dans la possession et jouissance de la verrerie du Gast.

Le 19 avril 1676, par contrat passé devant les tabellions royaux commis en la châtellenie d’Alençon, pour le val de Couves, Perrine Louvet, alors veuve du sieur de Grandchamp, fit « cession, délais et abandon à François de Mesenge, l’un de ses fils, de sa terre et métairie appelée la verrerie du Gast. »

François de Mesenge, devenu sieur du Gast, le premier de sa famille ainsi qualifié, épousa, par contrat passé devant les notaires de Mortagne le 18 janvier 1671, Renée du Chesney.

Il mourut avant l’an 1698 et il est qualifié dans tous les actes où il figure de maître de la verrerie du Gast. Il avait succédé à son père dans la maîtrise de cette manufacture. Il n’eut qu’un fils et une fille.

Louis-François de Mesenge, son fils, écuyer, sieur du Gast, fut son successeur dans la propriété et l’exploitation de la verrerie. Il obtint de Louis XV les lettres de confirmation que j’ai citées. Il épousa Elizabeth de Brossard. Le 20 juin 1729, il fit avec cette dame, de lui civilement séparée quant aux biens, une transaction par laquelle il lui céda la jouissance des terres qui dépendaient de la verrerie du Gast, en se réservant la maîtrise et la direction de la manufacture. Le 19 septembre 1730, il  lui fit bail de cette manufacture qu’elle dirigea et administra jusqu’à l’époque de  sa mort arrivée vers l’année 1741. La verrerie et la terre du Gast furent alors possédées par Pierre-Louis-François de Mesenge, écuyer, sieur du Gast, l’aîné des enfants qu’elle avait eus de Louis-François de Mesenge, son mari, et qui continua l’exploitation de la manufacture.

Pierre-Louis-François de Mesenge contracta, en 1736, un premier mariage avec Renée-Charlotte de Brossard, sa cousine germaine, dont il n’eut qu’un fils, Louis-Pierre de Mesenge, écuyer, sieur du Gast qui devint, en 1753, au décès de son père, propriétaire et maître de la verrerie du Gast et la posséda jusqu’à sa mort.

Le 26 juillet 1801, M. le Préfet du département de l’Orne adressait à M. Louis-Pierre de Mesenge, quelques questions sur l’état de sa manufacture et sur la nature de ses produits. La réponse faite par ce maître de verrerie à M. le Préfet, le 6 août suivant, contient des renseignements qui ne sont pas sans intérêt. « Je fais faire (disait M.de Mesenge) cristal, verre blanc, qu’on appelle pivette, verre bleu, verre vert, avec lequel on fabrique gobelets, carafes, verres à vin, huiliers, pièces de chimie, enfin toutes pièces de fantaisie qui se vendent à Paris, Rennes, Caen et départements voisins.

J’emploie pour le cristal, mine de plomb rouge, salpêtre, salin, soudes d’alicante et sable ; pour le verre blanc, du salin, des soudes d’Alicante et du sable ; faute de ces matières premières j’emploie du verre cassé qu’on appelle groisin blanc ; pour le verre bleu, de l’azur et pour le verre vert, des cendres de fougères, avec beaucoup de groisin vert ; j’emploie pour la manutention trente bras, en outre, pour l’exploitation des bois que j’achète dans la forêt d’Alençon (=d’Ecouves) dix à douze bûcherons et huit à dix chevaux pour voiturer ces bois ; je fabrique pour 5 à 6.000 fr. par mois.

Il s’en faut de beaucoup que ma manufacture soit aussi florissante qu’en 1789 ; j’avais alors deux fourneaux en activité et par conséquent beaucoup plus d’ouvriers. Les causes de ce dépérissement sont dans la Révolution, dans l’augmentation des matières premières, qui ont plus que doublées de prix ; dans la guerre des Chouans, qui m’a causé une perte considérable, non seulement parce que j’ai été forcé, par deux fois, de cesser ma fabrication, mais encore parce que j’ai été pillé et ravagé par l’un et l’autre parti. Toutes ces pertes m’empêchent de remettre cette manufacture dans l’état florissant où elle était avant 1789. Voilà, bien certainement, les causes du dépérissement ; quant à celles d’amélioration, elles sont au pouvoir du gouvernement : il peut m’accorder des salpêtres brut au prix de 50 livres le cent ; ils ne valaient que ce prix en 89 ; il peut sans éprouver aucune perte, me délivrer tous les ans, pendant  six ans seulement, une coupe de bois de 20 à 25 arpents dans la forêt d’Alençon, la plus à proximité de ma verrerie, au prix d’une estimation qu’il en ferait faire, étant souvent forcé de laisser aller les coupes de bois qui me conviennent à des enchérisseurs qui les portent à un prix exorbitant; alors je ne serais plus contraint d’acheter des bois à une ou deux lieues de ma verrerie et dont les charrois me coûtent les deux tiers de plus. »

[…] La manufacture du Gast fut possédée par la famille de Mesenge jusqu’en 1828, pendant 205 ans.

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